Programme de la semaine

Programme de la semaine
  • Lun 28.11
  • Mar 29.11
  • Mer 30.11
  • Jeu 01.12
  • Ven 02.12
  • 13:00
  • L’Envolée - Bulletin d’info des prisons
  • 14:30
  • Spéciale ~
  • 18:00
  • Le Dogue
  • 19:00
  • Inspiration du silence
  • 19:30
  • La Vie Manifeste - Iran, Article 35
  • 13:00
  • Ouïedire
  • 14:00
  • Le Secret
  • 15:00
  • La Vie Manifeste - Modernes sans modernité, Pierre-Damien Huyghe
  • 17:00
  • C'est Claire !
  • 18:00
  • Coquillettes & crustacés
  • 19:00
  • Le Grand Passage
  • 20:00
  • Marie La Nuit
  • 21:00
  • Radio Maintenant
  • 13:00
  • Spéciale ~
  • 18:00
  • Butiner l'internet par Clara Le Meur
  • 19:00
  • Libre Service
  • 21:00
  • Speakerine de l'univers
  • 22:00
  • Cargo de Nuit
  • 13:00
  • ZhUOZ S.Telecom
  • 14:00
  • Tropico Show
  • 15:00
  • Friends Like Us w/ Bad News From Cosmos
  • 16:00
  • Temple Waves
  • 17:00
  • Concha 3000
  • 18:00
  • Soirée spéciale ∞
  • 13:00
  • Sieste Ambient w/ Tryphème
  • 15:00
  • Thunder Speaks
  • 16:00
  • C'était mieux demain
  • 17:00
  • Mechanical Heaven
  • 18:00
  • Soirée spéciale ∞
Pas d'émission programmée.
Pas d'émission programmée.
Portrait Chinois - Fever de Tropical Horses, romantiquement épique
Publié par La Rédaction le 06.09.22

Le 29 avril 2022, Tropical Horses sort son deuxième album : Fever. Résident de la Station – Gare des Mines et de Station Station, où il produit le Tropico Show, nous avons pensé à réaliser un portrait chinois de sa dernière sortie pour en comprendre la genèse. C’est à la terrasse du restaurant des Mines que nous nous retrouvons, autour d’un plat maison, le temps d’un repas. À la fois tendre et percutant, cet album fait suite à Mirador sorti en 2016 et s’affirme différemment, autant dans la technique que dans les thèmes abordés.

Clip vidéo de La Notte, Tropical Horses

Si ton album était un moment de la journée ?

Je dirais le crépuscule, un peu comme dans un film de Michael Mann. L’idée que la fatigue de la fin de journée amène à un début d’euphorie où l’on hésite à s’abandonner dans les ténèbres lumineuses de la nuit ou simplement s’endormir dans une plénitude pleine de mélancolie. 

Miami Vice, Michael Mann

Si ton album était un animal ?

Ce serait un golden retriever, car c’est un animal curieux et plein de fougue. Il sait être doux, joueur et câlin, mais de temps en temps il part à la chasse et sait montrer les crocs.

Un golden retriever heureux d'avoir fini son sport

Si ton album était un livre ?

Salammbô de Gustave Flaubert. C’est clairement une des grosses influences du disque que ce soit au niveau des thèmes, du climat et du côté foisonnant qu’il peut y avoir dans ma musique. Au tout début de la composition du disque, j’avais en tête d’imaginer ce que pourrait être la bande originale d’une adaptation cinématographique de Salammbô réalisé par Paul Verhoeven avec Arnold Schwarzenegger, Kyle Maclachlan et Claudia Cardinale. T’as vu, j’ai imaginé tout le casting ahah.

Salammbô, Flaubert, Éditions classiques chez le Livre de Poche

Certains morceaux que je n’ai pas mis sur le disque portaient les noms de certains chapitres du livre ou y faisaient ouvertement référence. 

J’avais commencé à travailler sur un morceau ou était lu une partie du chapitre « Le Défilé de La Hache », qui évoque le blocage des mercenaires par les forces militaire de Carthage, les mercenaires finissant par se manger entre eux. Bon, c’était clairement pas la super ambiance mais je garde l’idée pour plus tard…

Pour le morceau A Romance In Qartaj je me suis beaucoup inspiré des chapitres « Le Serpent » et « Sous La Tente », qui décrivent le moment où Salammbô et Matho s’éprennent l’un de l’autre. J’ai accordé ma guitare avec un accordage Ostrich – c’est l’accordage de Venus In Furs du Velvet Underground, qui consiste à avoir toutes les cordes sur la même note. Cela crée une sorte de drône naturel. J’ai mélangé cet accordage avec un sample de vielle à roue en Ré, pour donner un coté primaire et direct à la musique. Les voix sont susurrées et doublées avec des tons graves et aigus. J’ai choisi d’accompagner le tout avec une rythmique martiale et volontairement à contre-temps. Cela donne un sound design assez paradoxal entre douceur et violence, guerre et amour.

Aussi, toute la Face B du disque avec Gibraltar, Leaving Arabia et La Violence porte encore la trace de cette influence majeure du disque. 

Extrait du livre : « Sous La Tente »

 

Il était à genoux, par terre, devant elle ; et il lui entourait la taille de ses deux bras, la tête en arrière, les mains errantes ; les disques d’or suspendus à ses oreilles luisaient sur son cou bronzé ; de grosses larmes roulaient dans ses yeux pareils à des globes d’argent ; il soupirait d’une façon caressante, et murmurait de vagues paroles, plus légères qu’une brise et suaves comme un baiser.

Salammbô était envahie par une mollesse où elle perdait toute conscience d’elle-même. Quelque chose à la fois d’intime et de supérieur, un ordre des Dieux la forçait à s’y abandonner ; des nuages la soulevaient, et, en défaillant, elle se renversa sur le lit dans les poils du lion. Mâtho lui saisit les talons, la chaînette d’or éclata, et les deux bouts, en s’envolant, frappèrent la toile comme deux vipères rebondissantes. Le zaïmph tomba, l’enveloppait ; elle aperçut la figure de Mâtho se courbant sur sa poitrine.

 

— Moloch, tu me brûles !

 

Et les baisers du soldat, plus dévorateurs que des flammes, la parcouraient ; elle était comme enlevée dans un ouragan, prise dans la force du soleil.

 

Il baisa tous les doigts de ses mains, ses bras, ses pieds, et d’un bout à l’autre les longues tresses de ses cheveux. 

Salammbô illustré par Philippe Druillet
Salammbô illustré par Philippe Druillet

Si ton album était un objet du quotidien ?

Une batte de baseball.

Si ton album était un film ?

J’ai souvent tendance à répondre Apocalypse Now de Francis Ford Coppola parce que c’est le film qui représente le plus ce que je peux penser du monde et de l’être humain, donc je l’évoque automatiquement. Paradoxalement sur celui-ci, avec le recul des mois voire années de création (le disque a été fini au premier semestre 2020) je citerais Trois Souvenirs De Ma Jeunesse d’Arnaud Desplechin.

Apocalypse Now, Francis Ford Coppola

À la fois pour sa puissance romanesque et la dimension d’épique qu’il amène dans l’intime. La simplicité et la banalité de l’histoire d’amour qu’il raconte et l’épique qu’il y amène me bouleversent. Je retrouve beaucoup ces aspects chez Abdellatif Kechiche également, même si ce sont deux cinéastes assez différents. 

Trois Souvenirs de ma Jeunesse, Arnaud Desplechin

Ces thématiques me transportent et j’essaie de les intégrer du mieux que je peux dans ma musique. J’aime beaucoup le personnage de Paul, paradoxalement détaché des choses mais profondément à fleur de peau, peut-être qu’il y a une part de moi qui s’y retrouve ou qui fantasme d’être un peu lui. Sinon pour la blague, quand on a mis le sample du train avec Paulie Jan au début de Crazy In Love, on se marrait pas mal en pensant à la fin de La Mort aux Trousses avec le train qui rentre dans le tunnel. 

Si ton album était une célébrité ?

Dans l’idéal ce serait Zidane quoi ! C’est quelqu’un qui me fascine, à la fois sportivement et humainement. Il fait partie de mon ADN. J’ai commencé à suivre le foot en 1996 lors de ses débuts internationaux avec pour entrée en matière l’extase de la victoire de 98. En 2006, j’ai 18 ans et quelques mois avant de partir du foyer familial pour suivre mes études, il met fin à cette période d’insouciance avec ce coup de boule en finale de coupe du monde qui sera le dernier geste de sa carrière sur un terrain de football. Tout Zidane est résumé dans ce geste et ce match, alors qu’il touche aux cieux et est en passe de devenir Dieu, il redevient homme : vil, primaire, brutal. C’est une tragique et magnifique leçon de morale. 

C’est quelque chose qui m’accompagne comme une sorte de spectre dans tout ce que je fais. 

Coup de boule de Zidane, 9 juillet 2006

Si ton album était une BD ?

Patience de Daniel Clowes.

Tout d’abord au niveau du dessin et des couleurs : cette BD me fait penser à la pochette du disque même si paradoxalement, au moment de la discussion pour la réalisation de la pochette avec Maxime Roy, on évoquait beaucoup Akira et Charles Burns dans les références – notamment Black Hole. 

Akira, Katsuhiro Ōtomo
Black Hole, Charles Burns
Pochette de Fever, Tropical Horses, réalisée par Maxime Roy

Patience raconte l’histoire d’un homme accusé à tort d’avoir tué sa femme, alors enceinte. Après des années de prison, on le retrouve à 50 ans à se morfondre dans la dépression et l’envie de trouver la personne qui a fait ça, il voyage dans le temps et revient 30 ans en arrière pour comprendre comment ce jour a pu arriver et, in fine, sauver sa femme et l’enfant qu’iels devaient avoir . Évidemment, voyage dans le temps oblige, ça va complètement partir en couilles. Il y a cette force de l’épique, de l’absurdité des situations, de l’imprévisible, de l’incontrôlable pour finalement aboutir à un récit d’une force cosmique sur la fatalité, la rédemption et le rapport au cosmos qui est assez surprenant. 

Patience, Daniel Crowes

Si ton album était un mot ?

Épique ahah. En vrai, je dirais Travail. Pas forcément dans son contenu, je ne suis pas encore rendu à écrire des morceaux engagés qui parlent de la précarité dans le monde du travail, et,pitié, faites que ça n’arrive jamais. Mais disons que c’est un des premiers objets artistiques pour lequel je me suis bougé le cul de ouf. J’ai beaucoup écouté les conseils, les remarques qu’on me faisait et me suis laissé porté par l’énergie qui a pu naître de mon travail avec Paulie Jan, j’ai appris à avoir du recul aussi, à moins foncer tête baissée et toute cette aventure sera, je l’espère, positive pour la suite. C’est un peu le disque de la maturité ahahah. 

Écoutez Fever sur Spotify :

Suivez Tropical Horses sur Facebook et Instagram.

Écoutez le live de Station Station pour un contenu inédit chaque jour à partir de 13h !