Phobie de l’eau, caprice d’ivresse : les Hydropathes ont monté un label

Depuis leurs débuts dans la clandestinité à la parfaite légalité, le collectif artistique et festif Hydropathes et sa jeune branche label Hydropathes Records ne cessent de revendiquer un éclectisme où les pratiques artistiques se confondent et s’harmonisent

Les Hydropathes, « ceux que l’eau rend malade » tirent leur nom du cercle littéraire fondé par le romancier Emile Goudeau au XIXème siècle. Une bande de jeunes artistes, des musiciens, des poètes mais aussi des journalistes, se retrouvent en fin de semaine pour célébrer la littérature, la poésie ou toute autre forme d’art dans des soirées agitées plus ou moins organisées. Investissant dans un premier temps les bistrots du quartier latin, les difficultés se font très vite ressentir : les autres clients. Il est temps de se doter d’un lieu afin d’y débattre et de prendre du bon temps en paix. Ce sera Montmartre et ses cabarets, et plus particulièrement le Chat Noir de Rodolphe Salis. Humour noir et rires enjoués.

C’est de cet esprit facétieux que s’inspirent, un siècle plus tard, les membres du collectif Hydropathes. Familiers des rues montmartroises et de la place dudit Goudeau, des plasticiens, des musiciens, des scénographes, des peintres, des réalisateurs, des brasseurs ou encore des architectes décident d’organiser des soirées plus ou moins formalisées avant de fonder l’association en 2013. Une fois les formalités administratives résolues – non sans mal, les Hydropathes peuvent désormais développer leurs activités et soutenir les créations cinématographiques, plastiques, l’organisation de soirées ou encore la programmation musicale (lors de festivals comme Bellastock, collaboration qui perdure depuis 2014). A chaque performance, ils disséminent un peu plus leur univers protéiforme et délivrent des sonorités éclectiques entre psyché, techno-trance, dub dans un Paris toujours plus insatiable. Les soirées se démultipliant, les Hydropathes entendent bien concilier leur passion pour la musique et la boisson. C’est à ce titre qu’ils lancent les soirées « Ride ton rade » en 2017, dans les bars du nord parisien où se produisent entre autres H-Ur et Antonoir – administrateur et producteur du collectif – mais aussi Soraya Daubron alias Sentimental Rave, avant de finalement déployer une branche label : Hydropathes Records. Lancée le 24 octobre 2017 dans l’enceinte de la Boule Noire, les sorties s’accumulent tout comme les releases parties à la Station – Gare des Mines (où ils deviennent résidents officiels) avec les premiers EP techno de Mundopal, Leo Minasso H-Ur mais aussi l’acid sci-fi d’Ovhal 44 (dont le premier clip sorti en juillet 2018 se situe entre hallucination et absurdité) et la pop psychédélique de Moonster.

Discussion avec quelques membres des Hydropathes à propos de leur évolution et leurs envies.

Il y a bientôt deux ans, vous lanciez le label Hydropathes Records, pourquoi avoir choisi de lancer un label ? Qu’est-ce que ça implique ou change dans l’organisation du collectif ?

Le label est une réponse à l’ouverture de La Station – Gare des Mines et à la tonne de concerts qui s’y préparaient, et de toutes les envies qu’on avait dans la tête. En gros, la Station nous a donné envie dès l’ouverture d’aider les artistes autrement que par la création d’événements. C’était aussi un moment charnière pour les membres du collectif car beaucoup étaient en phase de fin d’études en 2016 et comme on avait une vraie affinité avec les musiciens qui jouaient lors de nos événements et qu’eux aussi cherchaient à se professionnaliser pour leurs premières sorties, on s’est très vite dit “Allez !”.
Le label est un side project avec une nouvelle structure où la plupart des associés du label ont aussi une activité au sein du collectif. Le label de musique peut aussi donner pas mal d’activités à d’autres types d’artistes en dehors du strict cadre de la musique, donc l’esprit de collectif est toujours là et nous suivra longtemps. Pour le collectif ça n’a pas changé grand chose dans l’organisation, c’est vraiment autre chose.

Comment pensez-vous la relation entre toutes les disciplines – musique, peinture, scénographie, réalisation, etc… – développées au sein d’Hydropathes ? Arrivez-vous à suivre une logique artistique?

La relation entre toutes ces disciplines est simple. On vient du même quartier, on a grandi ensemble. On aime se soutenir et s’aider dans la mise en place de nouveaux projets créatifs ou festifs. La logique artistique est toute simple : on veut montrer ce qu’on fait et en fonction de l’événement qui arrive on sélectionne les œuvres ou projets qui sont prêts ou qui nécessitent un petit budget pour la finalisation et hop ça part !

Depuis 2014, vous assurez la programmation musicale du festival Bellastock. Comment avez-vous rejoint l’équipe ? Qu’est-ce que cet engagement représente pour vous ?

C’est Roman notre scénographe, ancien étudiant à l’ENSA Paris-La Villette (Ecole Nationale Supérieure d’Architecture) qui nous a dit en 2013 qu’il allait proposer un club dans la ville éphémère de Bellastock. L’année suivante, toute l’équipe de Bellastock nous accueillait les bras ouverts pour la ville flottante (Waterworld), un thème tout choisi pour les Hydropathes ! Le projet veut beaucoup dire pour nous, c’est un festival véhiculant plein de bonnes valeurs et on respecte énormément le côté responsabilisant du festival : la construction, l’habitation et le démontage de son habitat qui doit s’intégrer dans un projet de ville censée s’améliorer à chaque édition. Pour nous c’est que du bonheur, on nous offre un public sur un plateau d’argent (il dort à moins de deux minutes des scènes de concerts et Djs), une enveloppe pour notre technique et nos artistes dans un esprit de récupération, de local et de collectif ! TOUT CE QU’ON AIME !

Défendez-vous un type de scène particulier ? Si oui, par quels moyens ?

On défend les projets qui nous inspirent en essayant de les lier entre eux pour trouver notre atmosphère. Des jeunes talents toujours indépendants qui ont des projets pour vivre plus que pour vendre. Mais aussi des projets naissants issus du réseau du collectif – ce cercle d’ami.e.s et de connaissances géant, rempli de jeunes créatifs pas encore identifiés ou bénévoles déterminés qui ont chacun leur vie et leur parcours -, quelque chose qui se veut un peu expérimental, déluré, souvent déjanté. Mais chacun conserve son unité, son ensemble, toujours en recherche.

Après des débuts dans les rues et les bars de Montmartre vous avez peu à peu délaissé le quartier, parvenez-vous à conserver un lien avec le nord-parisien ?

On s’est surtout mis à dos un comité de quartier suite à notre méga fête de la musique aux vignes de Montmartre, la dernière d’une bonne série. Les gens de la butte en ont assez d’avoir les meilleures free party, dommage. Avant nous, La Mamie’s s’était fait virer de la butte avec ses fêtes de la musique. Mais on est toujours aux aguets pour de futurs projets dans notre bon vieux Montmartre. On y est toujours, on rode, on regarde, on écoute et on propose toujours des choses. Il y a peu on a encore fait un open air avec le Pikip Solar (une sono solaire) sur la place Emile Goudeau qui nous a vu grandir – le président et fondateur historique des Hydropathes 1ère génération à la fin du 19ème siècle. Nous conservons notre lien en organisant des événements avec d’autres organisations dans le Nord-Est parisien.

Vous êtes maintenant résidents de La Station, comment avez-vous atterri là-bas ?

Maintenant ? Avant même que la Station soit la Station on était là, on est venus avec près d’une dizaine d’HYDRO – minimum – par jour pendant toute la phase de préparation à l’ouverture. On a défriché, rangé, investi le lieu avec le Collectif MU. Comment ? Moins d’un an avant on a rencontré Valentin et Anaïs, deux jeunes programmateurs indépendants de Mains d’Oeuvres avec qui on a réalisé notre première Hydrozbeul Circus, sur 4 000 m², avec 4 scènes et 1 200 personnes. Notre relation a trop bien commencé. Très vite après l’événement Valentin est devenu chargé de production pour La Station et a embauché Antonin d’Hydropathes – responsable de la production des événements de notre collectif – et nous a fait part de son besoin d’aide pour ouvrir la plus importante scène de concerts de Paris consacrée aux musiques émergentes ! Il ne nous en fallait pas plus pour nous y voir tous les jours !

Comment s’articule l’esprit du collectif avec la programmation du lieu ?

L’esprit du collectif c’est une bande de jeunes du 18ème et ses alentours qui veulent montrer ce qu’ils font. La Station nous a donné la chance de faire des événements dès le tout début en juin 2016 donc on y est juste allés à fond avec nos groupes de musique, nos Djs, nos scénographes, etc. Pour nous ça coulait de source.

Qu’est-ce qui différencie les dernières soirées des précédentes, aux prémices du collectif ?

Le collectif est toujours non lucratif mais nous sommes sûrement mieux organisés que lors de nos premières soirées complètement à l’arrache, où l’on voyait débarquer 1000 personnes dans des lieux pas du tout adaptés. Notre résidence à La Station, qui est devenue comme une deuxième maison, nous donne toujours autant envie de faire la fête et de programmer des artistes qu’on aime, de faire taffer des scénographes. Il paraît que l’on nous diagnostique une stationite aigüe, mais pour l’instant ça reste le meilleur endroit pour nous exprimer. Avec tous les liens qu’on a tissés on verra bien où le vent nous mènera.

Les fêtes clandestines ou l’esprit qui en subsiste, tout ça a-t-il encore un sens pour vous ?

L’esprit de liberté des fêtes clandestines nous inspire et nous donne envie de l’offrir à notre public même dans les conditions de lieux identifiés ou établis.

Quels sont vos projets futurs ?

Nous voulons trouver de nouveaux espaces pour nos initiatives, rester un projet alternatif aux grandes enseignes et cultiver notre envie de montrer autre chose …

Un nouveau festival est-il en prévision ?

Le festival Hydropathes on l’attend toujours celui là, on sent que l’on a de plus en plus de compétences pour le faire mais il nous manque le modèle économique ! Il faudrait qu’on achète une ferme ou un terrain loin de tout pour lancer un projet de ouf avec la possibilité d’accueillir toute l’année des résidences, implanter un studio de musique, faire de la permaculture, organiser le festival annuel et d’autres événements dans l’année. Bref c’est un rêve qu’on fait mûrir…

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