Malgré l’incertitude qui plane sur la prise en charge des migrants, les bénévoles poursuivent leurs actions.

Depuis plus de deux ans, le collectif Solidarité Migrants Wilson œuvre pour apporter une aide alimentaire, humaine et matérielle aux migrants installés dans le nord est parisien et à Saint-Denis. Face à des conditions d’accueil qui ne s’améliorent pas, le collectif a décrété une journée de grève aux côtés d’autres associations le 9 avril pour interpeller les pouvoirs publics sur leur inaction. Deux mois plus tard, les maraudes ont toujours lieu et la situation demeure floue.

Début novembre 2016, la mairie de Paris inaugurait près de la Porte de la Chapelle, le Centre de Premier Accueil (CPA), pouvant accueillir 400 migrants pour une dizaine de jours avant qu’ils ne soient réorientés vers des structures à la périphérie de Paris. Si le lieu a accueilli plus de 25 000 femmes, hommes et enfants dans ses locaux, beaucoup d’entre eux n’ont pas eu la possibilité d’approcher ses portes ou d’être pris en charge par les autorités. Le centre déborde et très vite, les nombreux migrants présents dans le quartier se massent dans les rues proches de la Porte de la Chapelle, de la Porte d’Aubervilliers et le long de l’avenue du Président Wilson. Un campement de fortune s’établit vite dans cette dernière avenue et ne tarde pas à attirer l’attention des riverains désemparés face à ces hommes et ces familles qui ont élu domicile dans la rue.

Une dizaine de personnes se réunissent pour leur venir en aide et l’idée de créer un collectif fait rapidement sens. Une distribution quotidienne de petits-déjeuners (et à quelques occasions des dîners ou déjeuners) est mise en place, ainsi que des collectes de matériel (des tentes, des chaussures ou des sacs de sport). C’est aussi l’occasion d’assurer une mission d’information sur les démarches administratives à entamer, ou encore sur la présence de points d’eau à proximité. Pour fonctionner, le collectif compte sur les dons de particuliers – ils représentent l’intégralité de leurs ressources – qu’ils soient d’ordre financier, alimentaire ou matériel.

Près de 80 nouveaux réfugiés foulent le sol parisien chaque jour après un voyage éprouvant. Mais les rares centres d’accueil ne leur permettent pas d’être pris en charge. Se concentrent alors dans l’espace de plus en plus réduit du nord est parisien, des populations dites vulnérables – à savoir les primo-arrivants et les toxicomanes de la Porte de la Chapelle.

« Evidemment, il y a des migrants qui prennent de la drogue, mais la plupart d’entre eux ne sont pas des toxicomanes. Ils préfèrent l’éviter et ont autant peur que moi de la drogue » me dit Erin, bénévole au sein du collectif et juriste de formation.

Une ambiance délétère qui entrave les bonnes intentions. A l’été 2018, le collectif dénonce publiquement les conditions exécrables de distribution auxquelles ils doivent faire face chaque jour. Entre migrants et drogués, les relations sont plus que tendues. L’incompréhension règne et ne facilite pas les distributions et les échanges.

A la rentrée, les actions changent. Désormais, des repas chauds sont distribués le mardi soir et un petit-déjeuner le jeudi matin. Le collectif s’organise chaque jour – qu’il soient sur le terrain, ou à gérer la logistique de leur intervention – pour mettre sur pied une aide fiable et pérenne.

Néanmoins, le week-end du 7 avril, des heurts éclatent entre migrants vers la Porte de la Chapelle, principalement entre Afghans et Erythréens, provoquant des dizaines de blessés et plusieurs morts. Clarisse, membre du collectif, rapporte l’existence de rixes au couteau, alimentées en partie par « des mafieux prêts à attiser la haine entre ethnies ». Même si ces hommes seront signalés plus tard aux autorités, aucune procédure n’a encore été menée à leur encontre.

Avec la fin de la trêve hivernale, le 31 mars, de nouvelles personnes se retrouvent à la rue. Malgré des appels répétés auprès des pouvoirs publics, le collectif évolue dans un flou constant. Les évacuations hâtives s’accroissent. Après un réveil brutal aux alentours de 7 heures du matin, les réfugiés sont sommés de quitter leurs campements tandis que sont saisies et détruites les tentes – ou récupérées par des hommes qui tenteront de les revendre. Les heures passent, parfois un jour entier, avant que les migrants ne reviennent s’installer de nouveau. Ces évacuations à répétition acculent les migrants vers des recoins toujours plus exigus, les forçant à se terrer parfois sous des parcelles d’autoroute.

Cette situation a poussé le collectif à lancer une journée de grève le 9 avril aux côtés de seize autres associations et collectifs, parmi lesquels le Secours Catholique, Emmaüs France, Utopia 56 ou encore Médecins du monde. L’objet de la grève, c’est l’interpellation des pouvoirs publics sur la gravité d’une situation qui selon eux, « menace l’intégrité mentale et physique de milliers de personnes ».

« Depuis plus de 3 ans, un cycle infernal fait de campements, de démantèlements, de dispersions et de harcèlements se développe dans le Nord-Est de Paris et dans son immédiate périphérie, avec à chaque fois, une violence accrue. Ce sont plusieurs centaines de personnes, des femmes, des hommes seuls, des familles, des mineurs, qui vivent dans le plus grand dénuement » ajoutent-ils dans leur communiqué.

Cette journée de grève reste avant tout symbolique, puisque les maraudes sont tout de même maintenues. Mais désormais, les distributions se déroulent d’une nouvelle manière : les tables servant aux distributions de vivres et de matériels deviennent mobiles pour répondre à la reconfiguration régulière des campements. La situation n’est pas sans contrepartie. Il devient de plus en plus difficile d’échanger avec les réfugiés et de garder le contact. Certains bénévoles maintiennent les rapports en donnant leur numéro de téléphone à des réfugiés qui les contactent en cas de besoin ou pour les tenir informés de leur situation.

Mardi soir, 19h45, rendez-vous est pris pour les bénévoles qui se réunissent sur le parvis de l’église de l’avenue du président Wilson pour servir un repas chaud et partager des kits de denrées non périssables, à conserver pour les jours à venir. Avant même que la distribution ne commence, un homme isolé, le visage émacié, se présente. Son corps peine visiblement à maintenir ses vêtements trop larges. Il profère quelques insultes avant de tenter de s’emparer de l’un des sacs du collectif. L’homme repartira bredouille. On le recroisera une heure plus tard, près d’un autre point de distribution. Il s’était changé. Ce sera le seul heurt de la soirée. Les distributions se dérouleront dans le calme, à grand renfort de barquettes de kébab et de cuillères.

Une fois le service à Saint-Denis achevé, les bénévoles se scindent en petits groupes pour aller à la rencontre directe des réfugiés. Sur le chemin, on croise des hommes installés sous une portion d’autoroute près de la Porte de La Chapelle. Un « chef » scandé par l’un des bénévoles engage une brève discussion avec les réfugiés, avant que l’équipe ne poursuive sa tâche avec une nouvelle distribution aux abords de l’ancienne colline du crack. Mais les stocks disponibles ne parviendront pas à nourrir l’intégralité des réfugiés présents ce jour-là.

Les appels auprès des pouvoirs publics se répètent sans cesse, les évacuations de la police aussi, mais Solidarité Migrants Wilson et les autres associations poursuivent tant bien que mal leurs actions sur le terrain.

Le 29 mai prochain, une soirée est organisée au Petit Bain par Blindage de Porte en collaboration avec Solidarité Migrants Wilson dont les bénéfices seront reversés au collectif. La Station – Gare des mines organisera un concert de soutien le 23 juin.

 

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