Les plaisirs coupables de Pleasure Principle

Bien (re)connu dans la scène rock hexagonale, Paul « Speedy » Ramon (Bryan’s Magic Tears, Marietta, la Secte du Futur) est de retour avec Pleasure Principle, un projet solo qui a bien failli ne jamais voir le jour. Entretien avec un leader malgré lui.

Il y a un an, une cassette sort chez Born Bad Records. Comment as-tu présenté le projet Pleasure Principle ?
A la base, j’avais juste rassemblé quelques démos que j’avais enregistrées tout seul chez moi sans ambition. A l’époque, le « groupe » n’existait pas encore et je n’avais même pas imaginé qu’il y en aurait un. Avant de me mettre à enregistrer solo, on m’associait à des groupes, en tant que batteur. J’ai toujours fait de la batterie pour d’autres formations, mais je n’ai jamais été à la mélodie. Cela demande une certaine autonomie. A la batterie c’est différent, tu suis le mouvement. Faut vraiment être musicien pour capter que la batterie est jouée de telle ou telle manière dans un morceau. Mon projet part d’une impulsion : le groupe a été monté de toute pièce autour de mes compos. Après la sortie de la K7, était venue l’heure des concerts. Je suis allé chercher des musiciens que j’aime et à qui j’ai proposé de faire un premier concert sans aucune pression.

A qui as-tu proposé de t’accompagner ?
J’ai approché des gens qui ne se connaissaient pas forcément entre eux. J’ai demandé à Milia (Belmont Witch) à la batterie, à Adam (Villejuif Underground) à la basse, à Nico (Qúetzal Snåkes) à la guitare lead et à Guillaume (Rendez-Vous, Qúetzal Snåkes) au synthé.

Tu parles d’un premier live, comment avez vous construit le set à partir de démos entièrement composées par tes soins ?
Il a fallu créer un set et en tant que « leader« , c’était stressant de devoir orchestrer tout ça. Avant, en tant que batteur, même si j’étais force de propositions, je restais quand même « exécutant ». Le Bryan’s Magic Tears c’est avant tout le projet de Benjamin même si il nous a tous impliqué dans la composition. Là il se trouve que j’avais accumulé plus de 20 démos sur mon ordi, mais que je ne me sentais toujours pas prêt à fonder un groupe. C’est plus tard, vu tout le matos que j’avais et de la motivation de mes potes que je me suis dit que ce serait quand même dommage de ne rien sortir. Je découvre encore certains aspects du projet solo, mon rôle de frontman, le fait même de chanter… C’est satisfaisant de voir que j’y arrive. Le fait d’avoir franchi le pas est jouissif.
Pour la petite histoire, notre premier concert en avril dernier était fixé à un jeudi. Le lundi de la même semaine, le groupe s’est rassemblé au local pour monter un set de A à Z. On avait rien et on a répété 3 jours non stop. J’ai du rapidement apprendre à me sentir à l’aise au chant. Tout était à inventer autour des compos et j’ai laissé le groupe faire. Je n’avais pas de vision fermée, dictatoriale et j’aime me laisser surprendre par la tournure des choses. Ça me plait de voir que le groupe parvient à obtenir un certain groove, j’aime cette idée de faire bouger les gens, de foutre le bordel. Tout s’est soudé assez vite.

Quelles sont tes influences musicales ?
J’écoute des choses assez variées, à contrario des groupes au sein desquels je jouais estampillés « psyché » ou « garage ». Au final, je n’ai jamais vraiment écouté ce type de musique, je viens plutôt du punk. J’écoute aussi énormément de musique d’Afrique Centrale et du Maghreb, qui repose sur la répétition de plusieurs mouvements. Un peu beaucoup de reggae aussi. Je m’intéresse peu à la composition complexe des chansons pop. Ce qui m’intéresse, c’est le groove. J’adore le Highlife des années 70 comme Chief Stephen Osadebe. De leur côté, Adam et Nico font du rock mais écoutent beaucoup de rap. De nos jours, les musiciens ne cherchent pas très loin leurs influences. Je trouve ça cool de se laisser aller sans se demander si une chose se fait ou pas. Les mecs du Villejuif Underground sont très fort pour ça. Ils n’ont rien inventé en particulier, mais il y a une liberté dans ce qu’ils font. Ce sont des gens curieux toujours entourés de boite à rythmes. En plus d’être super talentueux, ils n’ont pas de limite.

Qu’est ce que tu penses de la « scène » musicale de l’hexagone depuis que tu as commencé à jouer dans des groupes ?
C’est triste mais il y a un effet de snobisme ou d’imitation assez fort dans la scène actuelle. Certains groupes s’enferment dans un genre et d’autres en profitent, comme certains festivals qu’on a déjà fait avec le Bryan’s Magic Tears. Beaucoup surfent sur tel ou tel genre pour répondre à une demande, c’est dommage. Il y a cinq ans par exemple, il y a eu une vague de groupes « psyché », juste parce qu’il y avait une guitare et un mec avec les cheveux longs. On a appelé le Bryan’s Magic Tears « groupe psychédélique » alors qu’on ne se voyait pas du tout comme ça. On a tendance à mettre beaucoup de projets dans un genre avec ses propres « règles ». Le garage par exemple. Il y a quelques années, selon certains, tous les groupes faisaient du garage, et donc potentiellement la même chose. Alors que si tu prends la peine de les écouter, il y en a pas un qui se ressemble. Je pense à Feeling of Love, Jessica93 et JC Satan par exemple. Je comprenais la scène garage il y a 10 ans, mais elle a perdu ses caractéristiques et sa force aujourd’hui. Avec Pleasure Principle, j’ai envie de défendre quelque chose de plus personnel, de différent.

Crédit photo : Camille Bokhobza
S/t de Pleasure Principle, toujours disponible sur Born Bad Records

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