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Depuis le printemps 2017, la radio de Station Station, dont le studio est situé au premier étage de La Station – Gare des Mines, diffuse mixtapes, lectures littéraires, interviews et retransmission de conférences. Entretien avec Marie, coordinatrice du projet et animatrice de Marie La Nuit.

 

Comment est née la radio Station Station ?
La radio est une initiative du Collectif MU qui gère La Station – Gare des Mines et le Garage MU. L’idée était de créer un média lié à La Station et de pouvoir ainsi documenter une multitude de conférences, d’événements, de concerts et de produire des émissions qui avaient trait à la création émergente, à la fois en termes de musiques mais aussi de créations sonores, autre domaine de prédilection du Collectif MU.

À l’origine, c’est Charles Crost – fondateur du label punk parisien Le Turc Mécanique – qui a été contacté, ainsi qu’Elen Huynh, qui produit l’émission de radio “Choses Contraires” sur LYL Radio, une exploration entre musiques, collages sonores, voix. Tous les deux ont mené un travail de curation, au printemps 2017, pour élaborer une grille de diffusion d’émissions oscillant entre Dj set et interviews. L’inauguration a eu lieu en mai 2017 à Villette Sonique, avec un studio en plein air situés au niveau du “Village Label”.

Charles a géré le projet du printemps à l’hiver 2017, mais il faut savoir que c’est un projet vraiment très chronophage. Nous sommes tous bénévoles sur ce projet, Charles et Elen l’ont quitté pour se recentrer sur leurs divers projets perso. Depuis la rentrée 2018, nous coordonnons Station Station avec Juliette (Juliette Gamblin, qui a rejoint la Station à la rentrée 2017) et nous sommes aidées par Robin Cordier à la technique.

Il existe donc une relation très univoque avec le lieu que la radio occupe ?
Oui, la volonté première du collectif était vraiment de monter un média lié à la Station pour témoigner de son activité, tant des résidents que des concerts, des conférences, des débats, des sujets de réflexion soulevés par la Station. Puis, au fil du temps, nous avons aussi cherché à délocaliser la radio, afin de couvrir d’autres événements, d’autres initiatives, qui reflètent elles aussi les centres d’intérêts propres à La Station et viennent ainsi compléter la réflexion.

Quand as-tu rejoint le projet ?
J’ai rejoint le projet en septembre 2017 après les avoir contactés. “Marie La Nuit” est une émission que j’anime depuis 5 ans. J’ai commencé chez PiiAF, c’était ma première expérience radio. Je suis arrivée en tant qu’assistante de programmation puis j’ai progressé rapidement. C’est le propre des petites structures, on peut progresser en un instant à partir du moment où l’on est force de proposition… alors on te donne beaucoup plus d’opportunités, on te soumet à quelques tests. J’ai donc commencé “Marie La Nuit” là-bas puis j’ai migré vers Station Station car PiiAF n’était plus en mesure de produire des émissions en direct, même s’ils continuent encore de diffuser. Je voulais faire perdurer l’émission et Station Station se lançait. Au début, il s’agissait seulement de produire l’émission dans les locaux, mais j’avais déjà une petite expérience radio alors je leur ai proposé un coup de main. Très vite, j’ai intégré l’équipe aux côtés de Charles et Elen. Aujourd’hui je coordonne la radio avec Juliette Gamblin.

Comment sont définis les projets développés à la radio ? Par qui ?
En ce qui concerne le travail de curation, la plus grande partie a été menée par Elen et Charles. La plupart du temps ce sont des artistes ou des animateurs qui avaient déjà une activité liée à la radio ou à la musique, c’est pourquoi un créneau mensuel ou bimensuel sur Station Station leur a été proposé. Ils avaient l’habitude d’être dans la musique, de faire ou chercher de la musique. C’est surtout valable pour les émissions musicales de mixtapes ou de DJing.
Pour les émissions avec du contenu, certaines préexistaient à Station Station à l’image de “La Trayeuse électrique” – émission musicale de no wave / synth wave / post punk / électro. Elle a été contactée pour faire l’émission à la radio, mais son projet existait déjà sur Fréquence Paris Plurielle et était déjà identifié auprès d’un certain nombre d’auditeurs. Mais aussi “Music Herstory” de Nastasia Hadjadji (un projet multimédia visant à explorer les musiques expérimentales à travers le prisme du genre) qui a été contactée pour venir enregistrer dans les locaux ou encore “Reste bien tranquille”, une émission de talk diffusée en premier lieu sur PiiAF.
Depuis quelques temps, nous travaillons avec Juliette à la curation de nouveaux contenus, et souhaitons faire entrer plus d’émissions avec de la parole et traitant de sujets de fond, plus de créations sonores, afin d’équilibrer avec l’offre de Djset et de mixtapes déjà existante.

Vous diffusez des émissions axées sur le féminisme ou le transféminisme à travers “Music Herstory” par exemple, “Les Couteaux Poétiques” ou encore la retransmission de conférences données lors de Comme Nous Brûlons ou du Festival des Journalopes, vous considérez-vous comme un média militant ?
Je ne dirai pas que l’on se considère comme une radio militante mais plutôt comme un média à la marge. Nous faisons déjà tous de la radio à la marge de notre vie, on fait ça le soir en marge des activités de La Station pour donner une visibilité à tout ce qui est singularisé. Nous essayons de donner une vision un peu moins normée des choses et des sujets, donc forcément on s’intéresse à des enjeux qui sont liés à ceux de La Station, à savoir l’idée de la fête, du public queer, du féminisme.

Les formats (interview d’artistes, mix, ou même récits littéraires) sont multiples, avez-vous développé une ligne éditoriale particulière ? Liée aux expérimentations et aux pratiques marginales et émergentes ?
On veut surtout donner de la visibilité aux pratiques et artistes émergents et se positionner comme une radio complémentaire par rapport à l’offre existante. Je pense à LYL Radio, Rinse ou même NTS qui diffusent déjà des contenus pointus et très qualitatifs, d’artistes plus ou moins émergents. Nous ne voulons pas nous penser comme des concurrents mais plutôt comme un média additionnel, et ainsi proposer plus d’émissions avec du contenu de fond, de la parole, des interviews, pour présenter aux auditeurs un contenu qui viendrait compléter ce qui peut se trouver par ailleurs. Nous défendons une pensée non normée, et questionnons principalement notre rapport à la nuit, à la ville ou encore au féminisme.

Tenez-vous compte de l’actualité dans votre programmation ?
Chaque animateur est totalement libre de choisir l’artiste qu’il souhaite inviter. Nous leurs faisons totalement confiance. Ils sont libres de choisir quelque chose en lien avec la sortie d’un album ou la venue d’un artiste pour un concert à La Station, ou bien couvrir tel ou tel festival. Cela relève du ressort de chacun, sans aucune pression d’immédiateté. Nous n’avons pas la volonté de couvrir l’actualité, nous ne sommes pas particulièrement intéressés par ces instants de promo, de publicité, quitte à faire les choses à rebours.

Tu présentes l’émission Marie La Nuit dans laquelle tu oscilles entre interview et mixtapes. Dans ces dernières tu inclues souvent du texte, pourquoi ?
Je veux toujours qu’il y ait une lecture dans mes mixtapes. Si c’est moi qui compose la mixtape, je choisis un texte que je suis en train de lire ou qui résonne avec un état du moment ou un état de pensée. Mais si je propose à un label ou à un artiste de faire une mixtape, je lui propose de choisir ses propres textes et pour des raisons pratiques s’il n’est pas à Paris, je les lis, ce qui relève davantage de la collaboration. Pour la prochaine émission par exemple, je vais faire seule la recherche car il est anglais et lui présenterai le texte choisi. Il y a quelque chose de très personnel à inclure des textes à haute-voix, cela permet de transmettre quelque chose. Avec ce court texte, j’ouvre une petite brèche, une nouvelle réflexion pour les auditeurs. J’aime l’idée qu’il y ait de la voix, et comme je n’assume pas d’écrire mes propres textes, je préfère lire les textes de personnes talentueuses. C’est un bon espace, l’introduction par la lecture, pour poser la musique qui vient ensuite. J’aime également savoir ce que lit l’artiste que je reçois pour m’enrichir de ses lectures.

Un enregistrement de Marie La Nuit qui t’a particulièrement marquée ?
Pour les enregistrements de Marie La Nuit, je suis toujours très contente de toutes les émissions, qu’il s’agisse des mixtapes ou des interviews, il n’y a vraiment pas d’échelon entre les émissions produites. Mais je dois dire que j’étais très enthousiasmée par l’émission avec Volcan. Il a produit 50 min de musique spécialement pour l’émission, c’était la première fois que l’on faisait ça et c’était très chouette de par son côté inédit, et parce qu’il s’agissait véritablement d’une création radiophonique. Sinon, j’ai énormément de hâte pour la prochaine émission, car il s’agit d’un de mes artistes favoris de musique électronique qui va composer une mixtape, et je me suis vraiment investie dans la recherche du texte, comme je disais, il est anglais, je cherche donc un texte en français, car mon anglais est assez désastreux et que personne ne voudra subir du yaourt audio…!

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