Discussion sur l’art de la fête avec le collectif Le Pas-sage

Organiser une teuf, c’est tout un art. Pour le Pas-Sage, bande de potes de l’ouest parisien, c’est depuis 2014 une quête initiatique autour de laquelle chacun y exerce ses talents. Discussion avec Thomas Zanovello sur les coulisses des teufs organisées par le Pas-Sage.

Le Pas-sage, c’est l’histoire de six amis qui se rencontrent alors qu’ils étaient encore étudiants. Très vite, les idées fusent autour d’une idée fédératrice : faire la fête. La fête, oui, mais autrement, la fête comme lieu d’expérimentation. Les membres sont unanimes, et le Pas-sage leur permet d’initier des projets en adéquation avec leur passion (architecture, graphisme, son). Le Pas-sage devient un laboratoire au sein duquel chacun peut montrer l’étendue de son talent. Travailler entre amis et avoir sa propre association présente bien des avantages. Inutile de trouver un stage de fin d’études, et la simple idée de faire la fête est suffisamment motivante pour monter des projets de plus en plus ambitieux. Les membres du Pas-sage en sont convaincus : seul on avance plus vite, à plusieurs on avance plus loin.

Je me souviens d’une soirée organisée en mars 2019, en plein cœur d’une forêt de la région parisienne. Impressionnée par la discrétion appliquée des invités et la splendeur du lieu. J’y étais. Ma première free party. Du lieu à la sono, des guests à la nature, tous les éléments étaient rassemblés. Mais qu’est ce qu’une teuf réussie ? Thomas tente de m’apporter quelques éléments de réponse : les règles et les contraintes du genre, peu importe de quel coté de la force on se situe.

Chapitre 1 : La Free party

Organiser une free party, c’est comme organiser une surprise party, tout le monde est plus ou moins invité à la dernière minute, il manque toujours quelque chose, il y a toujours des gens en retard à la limite de tout faire foirer. C’est souvent le bordel, un bordel qui à tendance à attirer la police. La premier soirée du Pas-sage a eu lieu dans un train abandonné, et c’est à la suite de cet événement que la bande de potes se rend compte qu’il y a plusieurs règles à respecter pour mener ses projets à bien : « Il faut prendre le temps de bien repérer les lieux. Internet, du temps, quelques tips et une liste d’invités bien choisis. »

Si la liste des ingrédients essentiels à la soirée parfaite est assez sommaire, il n’y a pas de recette miracle. « On apprend sur le tas. Il n’y a pas de formation à l’organisation de free parties. Les contraintes et les risques ne sont jamais les mêmes. Je me souviens d’une fois où l’on a repéré un lieu à Boulogne. On a passé deux semaines à nettoyer l’endroit. On s’était donné pour mission de rendre le lieu propre et fonctionnel sans se rendre compte de la quantité de travail à faire. C’est comme ça qu’on s’est naïvement mis à mettre du béton sur des fissures, pensant que ça allait suffire. Sur le moment, on se pensait intelligents et on pensait tout contrôler. Aujourd’hui, avec le recul, et au regard de toutes les autres fêtes qu’on a organisées depuis, on arrive à en rire. »

La free party, c’est beaucoup d’efforts pour un aménagement éphémère qui à tout moment risque de tomber à l’eau. « Aucune soirée n’est parfaite. On a eu pas mal de problèmes à gérer, notamment lors de nos premières soirées avec l’arrivée de la police. Organiser une free party c’est une quête d’indépendance, et si tu réussis à faire ta fête, à passer entre les mailles du filet, tu te sens très libre. Mais il ne faut pas céder à la panique si la préparation n’était pas assez solide ou si le groupe électrogène saute. Ces incidents sont frustrants sur le moment, mais tellement formateurs après coup et essentiels à notre apprentissage. C’est comme ça qu’on se forme. »

Chapitre 2 : Le squat

Les squats font l’objet d’un flou juridique. Il y a quelque chose de pas totalement interdit, mais de pas totalement légal non plus. Les squats sont des lieux de vie de communautés souvent marginalisées mais très soudées. Pénétrer ces lieux peut être risqué. Il a été essentiel pour le Pas-Sage de tisser des liens avec les occupants du squat dont ils s’apprêtaient à investir le territoire.

« Il y a un coté militant et certaines règles propres aux squat à respecter. Il faut que l’entrée soit à prix libre, idem pour la nourriture. L’idée, c’est d’intégrer les artistes du squat à la soirée, de collaborer avec eux et d’avoir un vrai dialogue en amont. Il peut parfois y avoir des rapports de force. On ressent, en tant que personnes venant d’une banlieue aisée pour la plupart d’entre nous, une certaine pression à se faire accepter par un squat et sa communauté. On arrive dans un environnement à la marge, régi par ses propres règles. Il y a toute une idéologie à prendre en compte. »

Après ses premières teufs qui étaient pour la plupart, on va se le dire, plutôt du coté illégal de la force, le Pas-Sage décroche son premier gros contrat au Village Russe, qui a rassemblé plus de 900 personnes sur trois scènes. Une soirée qui a permis au collectif de transformer l’essai de l’organisation de soirées en club. Le problème, c’est que signer avec une grande structure, c’est aussi accepter ou négocier certaines choses, comme le prix d’entrée ou le volume sonore. Quelles libertés restent envisageables lorsque l’on décide d’implanter sa fête au sein d’un gros complexe événementiel comme celui-là ?

Chapitre 3 : Le tiers-lieu

S’associer avec un lieu pour y proposer une programmation présente quelques avantages. Au-delà de profiter de sa capacité d’accueil, la singularité de l’endroit investi peut parfois faire la différence. « Le Pas-Sage essaye tant que possible de collaborer avec des lieux qui ont une histoire, qui ont été transformés, des lieux « mutants ». D’apporter la fête là où elle n’avait pas lieu d’être. Dans le cas de la Station, une ancienne gare à charbon, on ne peut qu’adhérer. On apprécie de travailler avec le Collectif MU qui, au fil du temps, a réussi à rendre la débrouille inspirante et qui n’a pas peur d’initier des projets. Les tiers-lieux de ce genre, c’est pour nous la continuité de la free party ou du squat. »

Monter un collectif qui propose de faire la fête autrement, c’est le pari de la bande du Pas-Sage qui compte aujourd’hui 14 membres. « Le fait de monter une association à 18 ans nous a permis de nous rapprocher, de prendre confiance en nous et progressivement, de prendre plus de risques. Plus on avance, plus les risques payent, et c’est comme ça qu’on a réussi à expérimenter la teuf de plein de manières différentes. L’idéal pour nous aujourd’hui, ce serait d’avoir notre lieu à nous, pour y organiser des événements plusieurs fois par semaine avec une vraie programmation, notre matériel, nos règles. En attendant, on est super contents d’organiser une soirée à la Station, un lieu avec lequel la Pas-Sage partage beaucoup de valeurs. »

Pas-sage X La Station
Samedi 8 Février
Événement Facebook

Crédits photos : Romain Guédé, Benjamin Béraud & Blanche Clément

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