Dérive dans les interstices du Grand Paris avec Ouazzani Carrier

Pour la seconde édition du festival Métamines, le duo d’artistes Ouazzani Carrier évoque son dernier travail : une dérive florale dans les parenthèses vertes d’une métropole en urbanisation avec le projet Exposition périphérique.


Couple dans le civil et duo en atelier, l’univers plastique de l’une répondant à la pratique vidéo du second, Marie Ouazzani et Nicolas Carrier oscillent entre l’esthétique documentaire et la fiction cinématographique dans la réalisation de films qu’ils donnent à voir au sein d’installations organiques où se mêlent cristaux liquides des écrans, plantes vertes, mobilier et infusions qu’ils concoctent à partir de la flore locale de leurs lieux de résidence. Car le duo est nomade : Jordanie, Chine, Corée du Sud, autant de terrains dont ils explorent les franges, attentifs au dialogue entre nature et culture, qui s’y développe. Motif récurrent, la simultanéité d’un processus d’urbanisation et d’un phénomène de résilience – ou de résistance – de l’environnement, raconte nos paysages globalisés en tension, et se donne à voir entre photographies, vidéos et installations.

En 2017, le duo, en résidence à Aubervilliers, au coeur d’un vaste projet d’aménagement urbain, entre en contact avec La Station – Gare des Mines pour y tourner, durant une soirée en extérieur, quelques plans. Au rez-de-chaussée du bâtiment, tandis que la fête bat son plein au dehors, les loges s’éclairent des trajectoires des derniers rayons qui filtrent, et des chaloupes des danseurs derrière la porte. Dans ce décor, un homme dort, la caméra du duo braquée sur lui. Ce sera l’un des premiers plans du projet Exposition périphérique qui mène le duo de Boulogne à Saint-Ouen, dans une dérive en petite couronne le long du Boulevard Périphérique dans ce projet de recherche mettant en scène des jardiniers prenant soin de mauvaises herbes, bosquets en jachère ou plantes en pot parmi la grisaille homogène des axes routiers, dans les parenthèses laissées par les transformations du Grand Paris. La réflexion au long cours sur la portée symbolique de cette suture urbaine se saisit des plantes comme d’une métaphore de la destinée de l’environnement et des populations immigrées en proche banlieue, en proie à l’accélération de l’urbanisation et la gentrification qui l’accompagne.

Invitation à la pause contemplative, le film attire l’oeil sur des gestes simples, ceux du soin et de l’attente. On y croise plantes et mauvaises herbes, assorties d’inserts encyclopédiques faisant du film un herbier en mouvement, accompagné des compositions de Thomas Carteron, DJ et producteur, également membre du collectif MU.

En clôture de la première journée de Métamines, un peu éblouis par un soleil qui se couche en face de la scène, Marie et Nicolas reviennent sur le projet, ses soubassements et ses étapes dans cette table-ronde dont voici le podcast. Détour verduré qui donne envie de lire La vie des plantes d’Emmanuele Coccia et Ruines-de-Rome de Pierre Senges, apocalypse végétale de l’antique capitale, deux livres qui accompagnent Marie et Nicolas.

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