Photo © Diane Arques

De Guillaume Dustan à Tony Regazzoni, filiation nocturne

« Je sors ce soir », la fièvre du samedi soir


Icône gay, poète maudit et prophète décrié du barebacking, Guillaume Dustan livre, avec le second volet de sa trilogie « autopornographique » (entre “Dans ma Chambre” et “Plus Fort que Moi”) sans doute les pages qui transpirent le plus les moiteurs du clubbing. L’intrigue coïncide avec la plongée d’un auteur-narrateur dans les tréfonds de la scène queer parisienne, alors hyperactive mais ostracisée au cour des années sida. C’est donc une nuit dans toute sa richesse, de sensations, d’ivresse, de désir et de violence que cherchent à retranscrire les mots que Dustan jette, tantôt avec brusquerie tantôt avec un soin d’orfèvre, sur la page. La langue du roman devient les basses sourdes qui rythment la nuit et insufflent aux corps l’énergie de l’abandon. Non loin, la drogue, le sexe et un lendemain que les clubbers n’ont de cesse de repousser. Abolir le jour, telle est peut-être la formule qui résumerait cet objet bizarre, où la nuit s’engouffre avec grand fracas, brusquant l’écriture et sa propension à représenter le réel. C’est une nuit de fragments, de flashs et de black out que donne à voir “Je sors ce soir”, tout dirigé vers l’urgence de capturer un instant et de sublimer ces parias magnifiques qui ont fait de la nuit leur jour.

En 2019, à la Halle Tropisme à Montpellier, l’artiste Tony Reggazzoni rend hommage à Dustan sur l’invitation de l’artist-run-space Glassbox. Assistant de Xavier Veilhan, Tony Reggazzoni est un plasticien total associant installations et tuning pour célébrer l’objet auquel il voue un culte compulsif : la boîte de nuit. Bercé par le kitsch des années 80 et la nostalgie désuète de l’italo disco, il épuise les potentialités de Photoshop pour recréer les univers oniriques et bancals de discothèque. Le club se fait alors le réceptacle des mythologies de notre époque. Entre motifs de pyramides, colonnes grecques et symboles ésotériques, se baladent en trompe l’oeil strass, paillettes et pilules d’extasy. Tony Reggazzoni rend ainsi inlassablement hommage à cette boîte noire coupée du monde, espace de possibles et de rêves, qui résonne au rythme de ses esthétiques musicales favorites : house et techno – qu’il fait sonner comme DJ dans les nuits parisiennes avec son crew “Derrière les Fagots”. A Montpellier, il se fait « curateur de club » en conviant photographes, vidéastes, performers, journalistes, architectes et designers (parmi lesquels Benjamin Lafort, Vaf, Yvette Neliaz, Christophe Hamaide-Pierson…) à imaginer une boîte de nuit, le jour. Le 15 mars à la Station, Tony Regazzoni, sur l’invitation du collectif Pardonnez-nous ! orchestre le lifting de la Station en discothèque flashy et tribale.

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