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Deux catalogues d’exposition racontent comme le club révolutionne l’architecture et le design

Le club semble avoir la cote depuis quelques temps chez les architectes, designers et théoriciens de ces disciplines spatiales avec deux récentes expositions de haute volée qui lui sont consacrées.

La boîte de nuit

Catalogue de l’exposition à la Villa Noailles

En 2017, la Villa Noailles consacre une exposition à l’objet club, assortie d’un riche catalogue d’exposition conçu sous la houlette de la curatrice Audrey Teichmann et des architectes Benjamin Lafore & Sébastien Martinez-Barat. L’exposition “La Boîte de Nuit” met en lumière la trajectoire du club dans l’histoire de l’architecture comme “territoire d’expérimentation” formulant “la promesse de quitter un temps le monde pour un ailleurs stimulant et émancipatoire” (Audrey Teichmann). Le club, qui accompagne les avant-gardes européennes des années 60, dans l’architecture radicale italienne qui mène au modèle de la boîte de nuit des Piper, de Rome à Turin, en passant par Rimini, devient un “dispositif de sensations destiné à rendre les gens heureux, le temps d’une nuit” pour reprendre les mots de Barthes à propos du Palace. A partir des années 60, le club n’est pas tant constitué de murs, d’escaliers et de mobilier mais un cocktail sensoriel d’effets, d’ambiances et d’atmosphères mouvants au gré des jeux de lasers et de reflets de facettes. Adieu à la scène à l’italienne, le spectateur devient acteur, usager et aménageur de son espace de fête. “Le grand paradoxe de l’architecture de la boîte de nuit, c’est qu’a priori elle n’est pas une architecture physique. On parle d’une temporalité déjà singulière qui est celle de la nuit, de lumières changeantes (stroboscopes, boules à facette), et on parle de lieux qui sont touchés par l’obsolescence de la nuit (les modes passent, et la question du bâti pose problème). C’est davantage une combinaison d’effets qui créent une atmosphère qu’une combinaison d’éléments architecturaux à proprement parler et définissables comme un sol, un plafond, une fenêtre ou une porte. La conquête d’un lieu de soirée n’est pas une conquête architecturale. C’est une conquête par le son, la lumière. C’est une histoire paradoxale à écrire” formule ainsi Audrey Teichmann.

Le club devient un objet composé d’éléments spatiaux, d’une programmation musicale qui dessine un positionnement singulier et surtout d’une communauté de danseurs et fêtards qui dessine, modèle et reconfigure, de soirée en soirée, son identité. Audrey Teichmann insiste sur cette dimension communautaire du club : “Le programme utopique et paradoxal de la boîte de nuit, un ailleurs infini contenu dans une boîte, n’échappe jamais totalement au monde dont il souhaite s’abstraire. Les boîtes sont des espaces politiques et commerciaux saisis d’enjeux sociaux. Antichambres des modes et territoires des cliques urbaines, elles sont le laboratoire des évolutions socioculturelles à venir, leur obsolescence est rapide, leur durée de vie est courte et dépend de la vigueur communautaire qui les anime.

Night Fever. Designing Club Culture 1960 – Today

Catalogue de l’exposition au Vitra Design Museum de Bruxelles

C’est tout le programme du catalogue “Night Fever. Designing Club Culture 1960 – Today” qui paraît en 2018 en écho à l’exposition éponyme à l’ADAM Bruxelles et au Vitra Design Museum : relire le club comme phénomène sociétal au travers de ses figures mythiques (l’Hacienda, le Studio 54, le Piper, le Palace…), de ses personnages et personnalités (avec notamment l’interview fleuve de Peter Saville) et d’une documentation encyclopédique (plans, photographies, articles, interviews…). En bonus, de superbes planches au sobre graphisme qui scandent les chapitres de cette relecture historique et géographique du phénomène club.

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