Depuis son studio mobile, ∏-Node a piraté Sonic Protest

Aux instants Chavirés, à La Station – Gare des Mines ou au Cirque Electrique, le collectif P-Node a dissimulé ses capteurs et ses câbles pour offrir une relecture exaltée de l’édition 2019 du festival Sonic Protest

Adeptes des radios pirates et libres depuis un long moment, les membres du collectif ∏-Node s’attellent à rendre tangible la radio en s’appuyant sur l’étendue complète des technologies analogiques et numériques. Ils portent une oreille attentive aux phénomènes électromagnétiques, aux ondes courtes et aux flux sonores, interrogeant sans cesse la définition même du média.

La radio est-elle perceptible ? Peut-on voir s’établir son rapport avec l’environnement dans lequel elle se déploie ? Même si ces interrogations peuvent sembler cryptiques, elles occupent une part primordiale du radio-art, un art du signal et des corps sonores porté par la figure majeure de Tetsuo Kogawa, théoriste et activiste japonais initiateur du mouvement “MiniFM”, chef de file des radios libres dans le Japon des années 80.

Si pour beaucoup la radio se limite à chercher une fréquence sur un poste, P-Node rejoint le cercle très réduit des radios expérimentales partagées entre art sonore, création et expérimentations, dans la droite lignée des radios pirates qui ont émergé à la fin des années 70. Aujourd’hui, ces radios continuent d’alimenter tout un pan artistique de l’art radiophonique, à l’image de Vizir Radio qui accompagne la troupe du Wonder, The Radius à Chicago ou encore Radio Web Macba en Catalogne. Quant à ∏-Node, ils émettent en continu des créations sonores, des concerts, des performances depuis une bande FM locale ou en stream sur leur site internet, ouvrant ainsi une large palette de possibilités, qu’elles soient narratives, participatives ou artistiques. Au sein du collectif, l’individualisme est proscrit à la faveur d’une mise en commun qui passe d’abord par une transmission horizontale des fichiers en peer-to-peer, des idées et des collaborations. Néophytes et curieux peuvent facilement être amenés à prendre part au processus.

Les membres du studio pirate réfléchissent en permanence à la matérialité de l’invisible radio et questionnent son futur à une époque où les initiatives se lancent à corps perdu dans le digital. En somme, la radio comme moyen de transmission peut-elle encore être porteuse d’un message artistique ?

En 2014, les membres de la radio ambulante posaient leur matériel au Where is Jesus Café de Berlin pour une première résidence dans le cadre du festival CTM, avant d’engager quelques mois plus tard une collaboration avec le Collectif MU lors du festival d’été Bande Originale – résidence artistique sonore et fluviale le long du canal de l’Ourcq.

Cette année, ∏-Node s’est dirigé vers la Goutte d’Or pour entreposer son studio éphémère dans l’enceinte du Garage MU et développer le Radio Phonic Protest, annexe radiophonique et hallucinée du festival Sonic Protest. Postés dans les backstages de la Station, sur le parquet du bar du Cirque Electrique ou dans un recoin de l’Église Saint-Merry, ils ont proposé des concerts commentés, des diffusions en direct ou encore des enregistrements de field-recording et des playlists. Autant de documents favorisant la constitution d’un fonds d’archives – subjectif certes – mais non moins négligeable pour le festival et la radio.

Équipés de petits modules, d’ordinateurs, de routeurs wi-fi, de cartes son et d’une antenne FM courte portée, les ∏-Node se dérobent dans un coin, dissimulent des capteurs sonores – parfois même sous un pied – et enregistrent tout ce qui se donne à leurs oreilles, la moindre oscillation, onde ou phénomène à peine perceptible devenant matériau brut pour leur émission. Parfois, un micro mis à disposition du public recueille l’écho perçant d’une âme curieuse, amatrice ou avinée. La radio se fait participative et chaque parole délivrée alimente d’autant la retransmission.

A l’occasion, le collectif n’hésite pas à partager son savoir en mutualisant ses techniques, notamment lors des rencontres internationales sur les Pratiques Brutes de la musique, ou encore lors d’ateliers mis en place avec des étudiants de l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts de Paris-Cergy et des professionnels de la santé mentale.

Julia Maura les a suivis le long de leurs pérégrinations au cours du Sonic Protest pour tenter de se saisir de ces expériences radiophoniques illuminées.

vidéo : Julia Maura

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